WATCH

3 créations musicales à Paris au théâtre du Châtelet (2022-2024).
Des créations nées de la confrontation entre la forme artistique et les plus-values des personnes aux conditions individuelles éloignées de la société de production. 

WATCH – TRAILER – 4 et 6 septembre 2022 au Théâtre du Châtelet

4 et 6 septembre 2022

2 représentations
Conception, écriture et mise en scène Olivier Fredj 
Compagnie Paradox Palace
Création graphique Geoffroy Pithon
Scénographie et costumes Olivier Fredj et Thomas Lauret
Création lumière Philippe Berthomé 
Piano et coordination musicale Shani Diluka
Musique électronique Matias Aguayo
Arrangements Abel Saint Bris
Avec
Shani Diluka, piano
Iris Scialom, violon de l’Académie Philippe Jaroussky
Charbel Charbel, violoncelle de l’Académie Philippe Jaroussky
Warren Kempf, alto
Vincent Lochet, clarinette
Théo Lamperier, percussions
et
Emma BazinFanny SintèsHadyl Amar,
Jacques MazeranNadir Chebila
et
10 détenus du Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin
Direction des ateliers d’écriture
Sylvie Ballul, Yann Apperry, Judith Perrignon, Célia Houdart et Loïc Froissart
Avec l’inspiration littéraire de Emmanuel Lévinas, Henri Bergson, Jerôme Baschet, Michel Foucault, Richard Ayres, Mafalda (Quino), Peter Handke, Annie Ernaux, Georges Perec, W.H. Auden, Roland Barthes, Anton Tchekhov et Byung-Chul Han

Durée : 1 h 40

Tarifs : 15 €

Réservations sur chatelet.com

Production Paradox Palace en coréalisation avec le Théâtre du Châtelet.

En collaboration avec l’Académie musicale Jaroussky et la Maison de la Poésie et avec les soutiens du Fonds de dotation Accor Heartist Solidarity, de la Fondation La Poste, Humanités Digital Numérique et de la Fondation Meyer. En partenariat avec le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation de Seine et Marne et le Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin, la DRAC Île-de-France, la Ville de Paris, le Samusocial de Paris, l’école élémentaire Jeanne d’Arc Paris 13ème, les EPHAD du Centre d’Action Sociale de la ville de Paris et l’Unité mobile des soins palliatifs de la Pitié-Salpêtrière. 

Note d'Intention Olivier FREDJ

Il est des parcours de vie qui rappellent les pages les plus sombres des contes, et pour lesquels on rêve un dénouement festif où « ils vécurent heureux ». Le conte a pour vocation de désacraliser les peurs, d’inviter à se transformer, à projeter ses propres questions sur un parcours établi en exemple. Les héros de Watch sont en Ehpad, en soins palliatifs, au Samu Social, en prison. Leur forêt est un lieu clos dans lequel le temps s’est transformé, leur « il était une fois » un diagnostic, un jugement, un huissier…
Derrière un écran en tulle, le conte. Un lieu aux temps exceptionnels, arrêtés, pressés, que l’on aimerait parfois tuer. Un espace clos qui laisse entrevoir au loin l’image fantasmée d’un ailleurs, d’un autre temps, d’un après. J’ai demandé au plasticien Geoffroy Pithon de choisir dans ses oeuvres les formes les plus vives et polymorphes, qui attirent l’oeil en un instant, à l’image des participants du projet. À l’avant scène, la rencontre. Un dialogue direct et réaliste avec le public pour présenter Nadir, Jean-Marc, Esther, Gaston…
Pour raconter ces « voyages divers », il s’est agi de remplacer les textes de Müller pour Schubert par la rencontre entre la musique et les écrits issus des ateliers d’écriture. De jouer avec les sonorités, le piano, le quatuor à cordes, mais aussi la composition de Hans Zender du Voyage d’hiver. D’inviter les influences musicales des interprètes pour créer d’après Schubert un chant tsigane ou une musique d’attente. Enfin, d’inviter les bruits réalistes de l’hôpital, de la rue et de la prison pour les conjurer en musique électro grâce à Matias Aguayo qui en fait une danse.
Il peut sembler tendance d’en appeler à l’écriture et à l’interprétation amateure. Mais il est dans les « invisibles » de la société une théâtralité qu’aucun acteur professionnel ne peut porter sur scène. Une étoffe de héros à dévoiler au regard du spectateur. C’est l’essence même du public de théâtre que de s’asseoir dans le confort de l’obscurité pour arrêter l’urgence que provoque le miroir et se regarder dans l’autre.
Derrière l’écran du conte est la réalité. Derrière le quatrième mur, l’imagination comme exutoire. Dans la rencontre de l’autre, la fête.

WATCH AU THÉÂTRE DU CHÂTELET - SOUTENEZ LA CRÉATION !

https://www.helloasso.com/associations/paradox-palace/collectes/crowdfunding-2022

Le Temps
Représentations Watch 4 et 6 septembre 2022

L'Argent
Représentations Watch 15, 16 et 17 septembre 2023

La Relation
Représentations Watch Juin 2024

Le projet de Paradox Palace consiste en trois créations de théâtre musical d’envergure réparties sur trois saisons. 

Chaque création se fera en trois temps, chaque année de 2022 à 2024 :
- Sept-décembre : ateliers d’écritures APHP, Samu Social, école, Ehpad et réunions du collège
- Janvier-Mars : ateliers d’écritures et de musique en centre pénitentiaire
- Printemps et été : répétitions en centre pénitentiaire

Composés de créateurs et interprètes de niveau international, il s’articule autour d’œuvres majeures du répertoire classique et contemporain, des textes emblématiques et d’une création électro dédiée au projet.

La particularité du projet réside dans la création d’une œuvre artistique professionnelle, impliquant et mettant en relation les lieux fondamentaux de la société : l’Hôpital, la prison, l’école, l’hébergement d’urgence, l’Ehpad et le théâtre. il constitue une réponse aux questions majeures mises en évidence par la récente crise sanitaire.

Les thématiques et les œuvres choisies seront le résultat d’un choix collectif avec les partenaires. elles auront comme critère unique de constituer une recherche à laquelle l’apport des participants amateurs constituera une expertise enrichissante pour la création.

Collège de poétique

Agitateur général : Jacques Toubon, ancien défenseur des droits.

Le collège, composé de scientifiques, d’artistes et de figures éminentes des domaines et thématiques choisies, définira les axes de travail sociaux et artistiques, avec l’équipe de création. Regard extérieur et ressource dramaturgique, le collège suivra chaque étape du travail dans le but de concevoir des rencontres durant la période des jeux olympiques. Il produira et éditera un « roman citoyen » en lien avec l’œuvre artistique.

Palace Numérique

Par le biais des réseaux sociaux et d’une plate-forme digitale, Watch sensibilisera le grand public comme les institutions publiques et privées en se faisant le témoin des expériences individuelles. un site internet sera conçu et ouvrira une plateforme digitale participative et une chaîne web[ar3] .

Stade Social

En renouant avec la tradition antique des jeux olympiques, Paradox Palace souhaite associer l’art et l’évènement sportif en un rassemblement citoyen et démocratique. La connexion avec les jeux de paris 2024 donnera à watch un écho, une visibilité et une ampleur internationale. Si les cinq anneaux olympiques représentent la rencontre des cinq continents, l'objet de Paradox Palace est la réunion des acteurs institutionnels pour débattre, réfléchir et créer sur l'éducation, la santé, la culture, la justice et la solidarité. Au même titre que le stade est le lieu du spectacle sportif pendant les jeux, du rassemblement et de la célébration, le théâtre serait le stade de la création, de la pensée et d’une société plurielle.

L’unicité du projet Watch 2024

L’unicité de Paradox Palace réside dans son écriture plurielle. il fait dialoguer les œuvres littéraires et musicales avec l’écriture des participants, mais aussi les écritures amateures entre elles. Il offre un dialogue fort et théâtral entre des parties de la société qui n’étaient jamais amenées à communiquer entre elles.

L’écriture comme l’interprétation mixte, amateure et professionnelle, doit se faire avec une exigence de niveau, à l’instar au cinéma des frères Dardenne, d’ « entre les murs », de Laurent Cantet, d’Abdellatif Kechiche (« la graine et le mulet »), Karim Dridi (« khamsa ») ou Claire Simon (« les bureaux de dieu »).

Les ateliers d’écritures seront confiés à des auteurs contemporains confirmés.

L’ambition sociale

Pour les participants, ce projet est un levier favorisant leur estime de soi. Leurs conditions spécifiques se posent ici en plus-value, en expertise précieuse pour la création artistique. Il apporte un éclairage fort à la fois sur les structures sociétales contemporaines, mais aussi sur des thèmes partagés par tous, unissant une immense variété de conditions individuelles dans un questionnement commun. Une des particularités fortes de watch réside dans la mise en place d’une rémunération, notamment des détenus, les plaçant ainsi dans des conditions professionnelles.

Action inédite d’insertion

Avec la participation des Ressources humaines de grands groupes français, les participants auront la possibilité d’être mis en relation directe avec des processus de recrutement. La mise en place d’une liberté conditionnelle à effet immédiat pour les détenus ayant reçu une proposition ferme d’embauche est envisagée pour la première fois dans l’histoire du théâtre pénitentiaire.

  • La mixité sociale, d’origine, de genre, de culture… - sera également l’objet d’une attention particulière.
  • la parité sera une condition de composition de l’équipe et du collège scientifique. l’une des années de partenariat avec l’administration pénitentiaire sera organisée avec une prison de femmes, la mixité n’étant pas autorisée en milieu carcéral.

Réaction des détenus à la présentation du projet:

"Mais les SDF, les patients d’hôpitaux et tout ça, eux il faut les aider, mais nous, on est enfermés parce qu’on a fait quelque chose de mal, c’est pas pareil. C’est fort de nous mettre avec eux."

Paradox Palace

Paradox Palace souhaite générer des créations artistiques d’excellence, et d’en faire le projet commun mettant en lien les lieux fondamentaux de la société afin de les interroger. Il s’agit de rendre éminemment contemporaines des œuvres littéraires et musicales de par leur rencontre avec une écriture amateur plurielle. Il s’agit de faire de la création une rencontre qui renverse l’idée même d’action culturelle pour faire des conditions et des parcours de chacun des plus values artistiques et sociétales. 
Il s’agit de promouvoir un théâtre musical du témoignage et de la relation. 

Le Palace

Un espace de recherche où la création est le résultat de la rencontre entre l’intuition, l’art et le monde. 

Si j’étais chargé de bâtir un palace… et si j’en avais le choix, savez-vous ce que je ferais ?
Je voudrais que dans cet espace vide tout existe à l’inverse.
Il y aurait un lieu commun, un projet, fait de tous les lieux particuliers. Il n’y aurait d’autre miroir que l’identité de l’autre. On n’entendrait pas parler de l‘instant. La conversation remplacerait la dialectique et la rencontre serait une réciprocité.
Le passé, le présent le futur, des temps qui coexistent. pas de linéarité.
Le choix de la polyphonie une quête de la résolution parfaite des diversités, insuffisantes à elles-mêmes dans leur seule spécificité. Dans chaque mur on construirait une porte. les textes littéraires, la musique, le sens, y frapperaient pour entrer dans les volcans sociaux. leur mémoire se créoliserait alors des plus-values des conditions et des vécus. 

Le paradoxe et la lumière née de la révolte éclaireraient le récit et feraient apparaitre une porte future aux yeux qui l’écoutent. Il ne restera plus qu’à l’ouvrir.

 

références : 

La tempête, W. Shakespeare.
Michel Foucault, La société de la discipline
Edouard Glissant, Le tout-monde

Le Paradox

Faire dialoguer ceux qui n’auraient sans doute jamais été amenés à se rencontrer.

La tension qui anime le palace est celle de l’apparent paradoxe de la création artistique de niveau international et la gratuité du geste culturel dans des contextes d’insertion et de thérapie. Agir ce paradoxe consiste à réunir en un projet théâtral et musical des artistes et des ensembles d’excellence, une ou des œuvres d’art et les valeurs ajoutées du passage par les lieux cardinaux de la société et par ceux qui les vivent : l’hôpital, l’école, la prison, les hébergements d’urgence et les Ehpad. 

Il s’agit avant tout d’avancer en chercheur : le projet théâtral suit une intuition thématique et artistique, un postulat, puis, butineur et pollinisateur, dirige alors les uns et les autres vers des champs inconnus, récolte et, par la juxtaposition des éléments, se transforme et devient création. 

Une création à laquelle ni la logique ni la morale ne peuvent s’appliquer puisqu’elle n’est qu’une réponse à ce que le monde nous dit. 

 

références : 

Gilles Deleuze, l’anti-oedipe.
Byung-chul Han, La société de la fatigue
Jérôme Baschet, Défaire la tyrannie du présent

Répliques

Lorsque l’écoute du non-dit permet enfin de répondre au monde.
Les formes artistiques créées par Paradox Palace sont une réplique, une réponse sociétale et théâtrale :

  • au présentisme et à l’urgence qui renient ou muséifient le passé et tentent de faire de l’innovation le palliatif d’un futur qui parait impossible et anxiogène. 
  • a l’isolement par le même, tant des algorithmes, des miroirs permanents des panoptiques virtuels, que du confort de l’entre-soi des élites comme des exclus. 
  • au refus de l’opacité et à l’obligation du vrai, du direct, de l’information, du contenu à tout prix. pour lui opposer le conte, le récit et la forme.
  • a la violence, tant des certitudes, des jugements des extrêmes, que de la paix totalitaire des puissants par l’uniformité.
  • a la tentation d’une culture qui ne saurait qu’accueillir en noblesse ou rendre visite en colonial, mais ne saurait pas rejoindre le lieu commun, ne risquerait pas l’affrontement.

Confrontations

La tension est une énergie positive, dès lors qu’elle trouve son expression.

  • Se confronter et confronter l’idée artistique à la société est une façon d’être engagé.
  • Confronter des œuvres littéraires et musicales à des écritures et des pratiques amateures rend l’héritage du passé éminemment contemporain.
  • Confronter des artistes aux conditions les plus extrêmes et en faire les témoins et les passeurs peut déplacer la démarche artistique pure et les enjeux individuels et politiques.
  • Confronter les personnes et leur culture à la création les unit dans un projet et renverse le paradigme de l’action culturelle en considérant les conditions en plus-value.

Hadyl, détenu, participant à Watch – Voyages Divers

"Elle est dans la salle Sarah ? (Patiente de l’APHP, co-auteure)
C’est la pression ! Je vais la rendre fière de son texte !"

Impact & Partenaires

Soutenir Paradox Palace c’est permettre des formes de rencontres qui sinon n’auraient peut-être pas la possibilité d’exister : rencontre entre artistes professionnels et publics parfois très éloignés de l’offre culturelle ; rencontre entre personnes souvent reléguées aux marges de la société ; et enfin, rencontre entre les interprètes du spectacle et le public.

Service pénitentiaire d’insertion et de probation 77 & Le centre pénitentiaire de Meaux-chauconin
Unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs de la Pitié-Salpêtrière – AP-HP
Les Ehpad Huguette VALSECCHI & Anselme PAYEN - CASVP 
Le centre d’hébergement d’urgence Popincourt du Samu social de Paris 11eme
La classe de CE1 de l’école jeanne d’arc paris 13ème
Le théâtre du Châtelet

Objectifs

  • 40 ateliers 
  • bénéficiaires directs (patient.es de l’aphp, personnes hébergées par le samu social, résident.es d’ehpad, détenu.es, élèves) : 500
  • bénéficiaires indirects (spectacle, plateforme numérique…) : 10 000
  • 30 intervenants au collège scientifique
  • 10 structures partenaires

Points forts

  • création d’un spectacle impliquant les participants aux ateliers et les artistes associés au projet
  • projet sur une année avec les structures partenaires et les participants
  • toucher un large public de participants grâce aux ateliers d’écriture
  • croisement de publics empêchés

Compétences mobilisées

  • prise de parole en public
  • concentration
  • gestion du trac
  • communication
  • savoir être
  • assiduité
  • confiance en soi

Un modèle à décliner

Le modèle, le processus, comme les créations pourront être adaptées et déclinées dans d’autres villes et par d’autres participants. Une « tournée », conservant la base musicale et littéraire, ouverte à la réécriture et à l’adaptation à d’autres formations musicales, pourrait ainsi prendre d’autres formes dans tout le pays et au-delà.

Watch - Voyages divers
L'expérience et les partenaires
 

La force de Paradox Palace réside dans la connaissance des partenaires et du processus de création. Il se base sur la réussite de Watch – Voyages divers, créé à la mc93 en 2020, sous l’égide de l’orchestre de chambre de Paris. Paradox Palace, au budget augmenté de 200% par rapport à celui de « voyages divers », vise à une création artistique aux moyens de production égaux ou supérieurs à toute création musicale professionnelle.

Musiques électroniques, Matias AGUAYO

LA RÉÉCRITURE MUSICALE DU VOYAGE D'HIVER DE SCHUBERT
ENTRETIEN CROISÉ

SHANI DILUKA,
piano et coordination musicale
MATIAS AGUAYO,
Musique électronique

Watch se construit autour du Voyage d’hiver de Schubert. Comment est-ce que la particularité créative et sociale de ce projet, se marie avec cette oeuvre musicale ?

Shani Diluka : Nous avons pensé avec Olivier Fredj au Voyage d’hiver parce qu’il représente un parcours initiatique ; un voyage intérieur de l’âme vers la mort, élément parfait pour une introspection avec les détenus tout comme pour se confronter à la question du temps, particulière à Schubert. Cette version originale pour piano et voix permet cette évolution au sein d’un dispositif théâtre-musique. Il existe une version plus contemporaine de Hans Zender, dans laquelle les sons évoluent et où l’on peut entendre des sons métalliques qui nous rappelaient l’univers sonore de la prison. Inspirés de ces sources, nous avons monté un Voyage d’hiver inédit, composé de la version originale, d’une version arrangée pour quatuor à cordes, clarinette, piano, percussions et une autre transformée réécrite pour musiques électro. Le travail et la musique de Mathias Aguayo permettent d’explorer d’autres dimensions de ce cycle.

Matias Aguayo : Cela se marie merveilleusement. J’ai d’abord pensé que l’oeuvre serait une grande aide pour imaginer le point de départ. Un cadre qui nous offrait une ligne directrice et allait nous aider à créer... La pièce de Schubert a résonné avec notre travail, autant dans le résultat musical que dans le processus créatif du projet tant il a été un voyage pour tous les participants, avec un avant et un après. Un voyage de rencontres, d’anecdotes, d’apprentissage et d’aventures.

Le Voyage d’hiver est un cycle de 24 lieder qui s’appuie sur les poèmes de Gustav Müller. La rencontre entre la musique classique et la musique électro permet-elle d’explorer d’autres univers de cette composition ?

Matias Aguayo : Absolument. Les lieder sont des chansons populaires, parfois festives, et leur rencontre avec les moyens techniques du XXIe siècle permet des découvertes étonnantes. Notre travail est fidèle à l’oeuvre originale mais traverse les corps, dès lors qu’on souligne les effets musicaux de la musique de Schubert et qu’on les fait apparaître autrement à nos oreilles contemporaines.

Shani Diluka : Les musiques électroniques permettent ici d’actualiser et de contextualiser la profondeur de cette musique qui date de 1827, au monde contemporain à travers des sujets intemporels. Les musiques et les prises de son de la prison, permettent de former une véritable osmose dans l’idée universelle contemporaine du temps et du rapport de ces personnes au temps.

Comment dialoguent vos musiques sur la scène du Théâtre du Châtelet ?

Shani Diluka : Schubert écrit des motifs représentant des symboles. Cela peut être l’homme qui marche, cela peut être le silence, l’amour, le printemps. J’ai donc commencé par envoyer des enregistrements de ces motifs à Matias qui les a ensuite travaillés. Il les développait, les distordait, en les juxtaposant à d’autres sons. Le public découvrira la structure sacrée, originale de la partition de Schubert que j’interprèterai seule ou accompagnée au piano telle qu'elle est écrite, mais aussi une version arrangée pour un quatuor à cordes, des percussions qui scanderont le temps qui passe, une clarinette – instrument très cher à Schubert – et les capsules électro de Matias. Nous sommes obligés de construire une structure claire pour voyager avec ces instruments et permettre un dialogue musical juste, qui résonne avec l’oeuvre originale et les textes écrits par les participants et les détenus.

Matias Aguayo : Nous évoluons ensemble. Comme lors de la composition des morceaux électro. Les musiques se complètent et se répondent. Shani joue seule, au piano. L’orchestre voyage à son tour dans les arrangements qu’elle a effectués, et je crée aussi directement sur scène. Parfois seul, parfois ensemble. Les thèmes se répètent et se répondent.

La rencontre avec les différents intervenants du projet nourrit-elle le programme musical de Watch ?

Matias Aguayo : Évidemment. Ce projet n’est pas un travail cérébral. La spontanéité et l’ouverture à des propositions imprévues ont amené une énergie incroyable. J’ai aussi pu m’appuyer sur les goûts musicaux des participants et réagir aux mouvements. La musique et les rythmes dansants peuvent réduire les distances - sociales et culturelles - qui existent au plateau. C’est un langage universel. J’ai réagi aux corps : quand je voyais les gens bouger, danser, je savais que j’étais dans la bonne direction.

Shani Diluka : La genèse du projet imaginé par Olivier Fredj se construit autour d’ateliers d’écriture avec le Samu Social, les détenus, les personnes âgés ou dans les hôpitaux, en situation d’attente ou d’enfermement. Ces témoignages reflètent une certaine fragilité, des regrets, de la vulnérabilité ; des parcours de vie qui peuvent résonner en chacun mais aussi une immense créativité et un terreau d’humanité rare et bouleversant. Les tourments de l’existence humaine ont toujours nourri les grandes oeuvres, et il est vrai que Schubert en tant que grand compositeur a puisé dans ces questions-là.
La rencontre des intervenants, leurs textes et leurs sentiments répondent donc à cette partition. Les enjeux et thématiques sont partagés bien qu’une autre couleur du Voyage d’hiver puisse se dessiner. Le projet en lui-même et la musique se font échos, représentant en eux un miroir de l’humanité.

Participer à une écriture plurielle dans laquelle se rencontrent artistes et institutions sociales doit être un défi, musicalement et sur scène. Qu’est-ce que cela permet ? Et inversement, qu’est-ce que cela empêche ?

Shani Diluka : Je dois avouer que c’était assez mystérieux au départ. S’appuyer sur des matériaux si différents les uns des autres peut être déstabilisant, notamment les écrits produits par les patients du service des soins palliatifs de la Salpêtrière et les rejoindre aux écrits des détenus de la Prison de Meaux. La création est collective, et je dois saluer le travail fait par Olivier Fredj et les cinq auteurs qui ont orchestré ces textes pour trouver une unité et une structure. La structure et la musique de Schubert sont une base très solide. À l’image d’un arbre avec ses racines et ses branches, il a fallu déposer tous ces textes avec pertinence et sincérité sur la structure musicale. C’est un travail qui me plaît, que j’ai déjà pu expérimenter avec d’autres projets dans lequel il faut trouver le circuit qui fait résonner la musique avec les vies de chacun. Cela me passionne, et je pense que rien ne peut empêcher la volonté de réunir et de rassembler si l’on trouve un langage commun. C’est long, évidemment, mais je dois dire humblement que l’on y arrive petit à petit.

Matias Aguayo : L’expérimentation est une liberté exceptionnellement créative. Nous sommes continuellement à la recherche de nouveaux éléments, rien n’est prédéterminé. Nous pouvons dans ce cadre-là être libres d’expérimenter comme nul par ailleurs, puisque Watch ne ressemble à aucune autre création. Il est important de s’ouvrir et d’accepter les propositions qui fusent et le travail en équipe. Toute dimension égotique est mise de côté pour le bien commun de la création.

Vous avez collaboré ensemble en 2020 lors de la première étape de création du projet Watch avec l’orchestre de chambre de Paris. Qu’a permis cette rencontre dans votre rapport à la musique ?

Shani Diluka : J’ai adoré travailler avec Matias. D’abord, parce que j’apprécie l’électro puis parce que Matias a une sensibilité et une écoute de la musique Schubertienne particulière. Il garde la mélodie qui nous permet de comprendre instantanément qu’il s’agit d’une réécriture du Voyage d’hiver. J’ai pu apprendre que la musique classique était tout à fait contemporaine et qu’elle pouvait vivre au-delà de ces frontières, sans la dénaturer.

Matias Aguayo : La pandémie a bousculé beaucoup de choses dans mon quotidien, il m’était impossible de continuer à travailler comme avant. Travailler sur Watch m’a permis d’expérimenter un autre rythme, un autre temps, de redéfinir la profondeur et les sources de ma musique. Et même si je suis en train de reprendre les tournées, Watch me donne des leçons que je me suis promis de ne pas oublier, ni dans mon travail, ni dans la vie. Il m’arrive même d’ouvrir mes dj set avec le Gute Nacht de Schubert.

Shani Diluka : Je suis aussi bouleversée par la rencontre avec les détenus et les participants du projet. Ils ne connaissent pas forcément la musique de Schubert, ne sont pas à priori sensibles à ces musiques, et pourtant étaient émus, le visage transformé. Ils se sont plongés complètement dans cet univers. Nous avons pu voir que ces hommes, qui ont pu faire des choses graves, furent transportés par la beauté et la lumière de la musique. Parce que cette musique résonne en eux particulièrement et ravive des souvenirs. J’ai été bouleversée par la sensibilité et par le changement que cela a pu opérer, ces hommes changent de la même manière que la musique de Schubert évolue dans le spectacle.

La nature et l’interprétation du Voyage d’hiver est différente de la couleur que l’on peut entendre habituellement. Que pouvez-vous nous dire de la dimension festive qui se dessine sur scène ?

Matias Aguayo : Olivier souhaitait que ce spectacle soit une grande fête, que quelque chose de festif se dessine dans la composition de Schubert. Ma musique a un lien très étroit avec le mouvement, avec le rythme et la danse. Je performe beaucoup dans des clubs ou des festivals, tout comme dans la rue.
Mon interprétation, terrestre, ancrée dans le sol, s’appuie sur des basses fortes à l’image des sound system jamaïcains ou caribéens. L’atmosphère pendant les répétitions au Centre pénitentiaire de Meaux a pris une tout autre dimension. La pandémie m’avait éloigné des réunions festives et de la rencontre que permettent les dj set.

Shani Diluka : Nous avons respecté toute la structure et le fond de la composition du Voyage : la mélancolie, la tragédie, tout en dessinant une autre fin avec Olivier et Matias en y apportant une dimension festive. Ce projet est aussi une rencontre qui se fête et qui peut être vécue comme pour exulter, exorciser les maux de la société, les douleurs, les destins. Cela devient une fête où l’on danse presque de façon tribale, sur la musique de Schubert. Cette création est aussi pleine d’espoir dans lequel chacun peut imaginer sa suite et sa fin pour fêter la vie vers d’autres horizons. La fin est libératrice, cathartique pour tout le monde : détenus, comédiens et publics. Ensemble.

Propos recueillis par Yoann Doto, mai 2022
WATCH 8 4 ET 6 SEPTEMBRE 2022
© Nadir Chebila et Shani Diluka à 4 mains en répétition

Retours d'Expérience - Watch, Voyages Divers 2019

« Je suis arrivé avec des réponses, mais vous êtes venus avec les bonnes questions »
Bizon, détenu, participant à Watch – Voyages Divers

« Voir mon nom sur la porte de la loge, je n’étais pas qu’un prisonnier »
Hadyl, détenu, participant à Watch – Voyages Divers

« J’ai ressenti une émotion que je n’avais jamais eu avant »
Shani Diluka, pianiste

« J’ai vu, il y avait mon nom pendant mon texte. Ils l’ont bien joué»
Willy, hébergé au Samu Social.

Entendu en atelier :
- « Il est trompeur ce Schubert !»
- « Non, il n’est pas trompeur, il est à cœur ouvert »

- « Schubert, c’est moi »
« Ça doit exister l’art thérapie à partir de Schubert, non ? »
William, détenu, co-auteur.

«Les moments de réelle expression en prison sont rares, Watch est une façon de s'extérioriser, de rire, de parler à notre guise». La musique classique ressemble pour moi à une goutte de rosée sucrée», s'enflamme-t-il. Ses copains se gaussent. Et lui de les recaler : «Quand on écoute Jul et Rohff toute la journée, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça change un peu, non?» 
In Le Figaro.

« C’est un projet unique, il faut le poursuivre et en faire un modèle pour une mission interministérielle qui serait mise en place dans toute la France »
Conclusion de la réunion de mécénat après Watch – Voyages Divers

« On va passer sur Arte ? la télé c’est bien mais Arte c’est classe».
Sofiane, participant du centre pénitentiaire

 

A la suite de Watch – Voyages Divers :

- Une assistante sociale ayant vu le reportage sur Arte a contacté la compagnie pour retrouver Mr Sakraoui, hébergé au Samu Social, qu’elle accompagnait il y a dix ans, et dont elle avait gardé les affaires depuis le jour où il avait disparu. Mr Sakraoui a retrouvé ainsi ses souvenirs d’enfance conservés dans une valise.

- Hadyl est sorti de prison en mars 2021. Il est inscrit pour l’année scolaire 21-22 à l’université du Québec et a pris l’option théâtre.

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